Yvan Attal: « Charlotte ne me juge jamais »

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On a rencontré Yvan Attal pour « Ils sont partout », un film engagé, drôle et audacieux, coécrit avec la romancière Emilie Frèche.

Il y joue aux côtés de sa femme Charlotte Gainsbourg, avec Valérie Bonneton, Dany Boon, François Damiens, Grégory Gadebois, Gilles Lellouche, Denis Podalydès et Benoît Poelvoorde.

« Quel bonheur de voirJane Birkin si affectueuse avec ma mère! »

Dans le bar de l’hôtel des Champs-Elysées où nous avons rendez-vous, il arrive un peu froissé (car il a tourné toute la nuit « Raid dingue » de Dany Boon), mais souriant et parfaitement disponible pour parler de « Ils sont partout », son nouveau film qui lui tient tant à coeur. Tourner en dérision les clichés dont sont victimes les juifs pour mieux les dénoncer: voilà le défi que s’est lancé Yvan Attal. A 51 ans, il réalise un film engagé, drôle et audacieux, qu’il a écrit avec ses tripes et la romancière Emilie Frèche. Le rire d’Yvan Attal cache de la colère et des regrets sur lesquels il ne s’appitoie pas. Il préfère avancer, aller de l’avant, caméra au poing, pour combattre avec humour l’insupportable, l’antisémitisme qu’il voit partout. Dans ses yeux brillent la colère quand il parle de l’antisémitisme et l’amour lorsqu’il évoque sa femme Charlotte Gainsbourg.

Yvan, votre double, dit « je suis juif séfarade, cela fait partie de mon identité intime ». La question reste-t-elle intime aujourd’hui ?

Oui. Absolument. On peut être amené, à un certain moment, à dire sa religion, ce n’est pas un secret, en revanche le rapport (religieux ou pas), qu’on a à sa religion, qu’on la pratique ou pas, ça reste intime.

Votre famille ressemble-t-elle à celle du film ?

Tout à fait! Chez moi, on n’observait pas les règles religieuses, mais on se réunissait aux fêtes juives pour manger les plats traditionnels avec l’idée que ces traditions doivent se transmettre. Je suis adepte du « on ne peut pas savoir où l’on va  si l’on ne sait pas d’où l’on vient ». Le vendredi soir pour shabbat, ma mère faisait le couscous. Depuis la mort de mon père, elle se rebelle, et ne fait plus le couscous le vendredi soir. Encore que maintenant elle se dit « il faut que je récupère mon fils le vendredi soir » (rire). Elle a transmis la recette du couscous à Charlotte. Cela me rend heureux, comme de voir ma belle-mère (Jane Birkin Ndlr ) si affectueuse avec ma mère, alors qu’elles viennent de deux générations et deux mondes si différents.

Dans le film, Yvan dit à son psy : « Je viens vous voir, parce que ma femme dit que j’ai un vrai problème avec l’antisémitisme ». Elle vous dit vraiment ça, Charlotte ?

Non. Quoi qu’en ce moment, elle n’en peut plus ! (rires) Quand j’ai commencé à écrire ce film, j’avais enregistré des alertes google pour les mots « juif, antisémitisme, Dieudonné », ça faisait « cling cling » toutes les cinq minutes. Alors évidemment, Charlotte m’a dit « il y en a un peu marre! ».

Votre personnage dit à propos de Charlotte Gainsbourg: « Elle elle est juive par son père, pas par sa mère et ça lui pose un vrai problème d’identité ». C’est vraiment compliqué pour elle?

Je pense que oui. Son nom de famille est juif (Ginsburg Ndlr), mais sa mère ne l’est pas. Je ne sais pas à quel niveau se situe le problème et ne peux pas parler pour elle. C’est sans doute moins problématique pour elle aujourd’hui.

« Petit, j’ai été traité de « sale juif » »

De quelle  façon avez subi l’antisémitisme dans votre vie, petit et à l’âge adulte ?

Petit, puis au lycée de Créteil, j’ai été traité de « sale juif », j’ai reçu des vannes lourdes comme « tu rentres par la porte, tu sors par la cheminée », mais ça ne m’a pas angoissé contrairement aux jeunes qui viennent me voir aujourd’hui. Les gens pensent qu’il n’y a pas d’antisémitisme. Comme pour la misogynie, on nous dit qu’on exagère, que ce n’est pas méchant, sauf qu’il y a des moments où l’on se sent agressé. Surtout quand ça conduit au meurtre ou au viol.

Ce n’est donc pas vous qui avez choisi le sujet de l’antisémitisme, mais lui qui s’est imposé à vous

Exactement ! Je trouve qu’avec ce film, il y a un problème. Pardonnez-moi de le mettre sur la table en le formulant. Mais j’ai l’impression que le discours de Dieudonné a fait son chemin. Beaucoup croient qu’ « il n’y en a que pour les Juifs ». On m’a opposé depuis le début de ce film un nombre incalculable de fois « Et les musulmans alors ? ». Ce n’est pas mon sujet à moi.

Les choses sont-elles différentes à New York, où vous vivez ?

New York, c’est une ville juive, un habitant sur quatre ou cinq est juif ! Il y a autant de juifs aux Etats-Unis qu’en Israël et ils sont concentrés à New York et à Los Angeles. L’Amérique est un pays très communautaire. Il y a les Noirs, les Ritals, les Pollacks, les Juifs, les « je ne sais pas quoi ». Ils vivent tous dans leurs quartiers. Mais malgré leur appartenance communautaire très forte, ils se sentent Américains. Qu’est-ce qui fait qu’en France, on ne se sent pas Français et que le soir de l’élection présidentielle, ce ne sont pas les drapeaux bleu, blanc, rouge que l’on voit majoritairement flotter place de la Bastille ou de la République ? Moi, je me pose la question. En France, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas sur l’intégration des gens.

Et vous, vous vous définissez comment?

Moi, j’ai toujours entendu mon père et ma mère me dire que la France est le plus beau pays du monde, je les ai toujours vus d’une reconnaissance inouïe envers ce pays.
Depuis ce film, on dit que je suis franco-israélien, ça me rend dingue, parce que je fais un film sur l’antisémitisme, alors tout d’un coup je ne suis pas uniquement français (il a quitté Israël bébé, a grandi en France Ndlr). C’est quand même très bizarre.

« Avec Charlotte, on s’aime depuis 25 ans »

Ce film, réalisé à 50 ans, c’est celui dans lequel vous vous mettez le plus à nu finalement ?

Je pense que oui.

Vous avez réuni un casting incroyable !

J’ai la dream team des comédiens ! A part Gilles Lellouche, je ne les connaissais pas. Je suis tombé amoureux de Benoît Poelvoorde. C’est un acteur extraordinaire, mais je le dis de tous : François Damiens totalement azimuté, Danny Boon, le premier à qui j’ai envoyé le scénario, Denis Podalydès et Grégory Gadebois si fins, Valérie Bonneton, qui joue le chef d’un parti néo-nazi, m’a scié par sa drôlerie et son inventivité. J’ai été frustré de ne pas pouvoir tourner plus longtemps avec chacun d’eux.

Faire jouer votre femme, Charlotte Gainsbourg, c’était une évidence ?

Oui ! D ‘abord pour partager quelque chose avec elle, comme lors de nos premiers films. Je trouvais intéressant de lui donner un rôle totalement à contre pied de ce qu’elle est, avec des répliques atroces (par exemple « je suis tombé sur le seul feuj qui n’a pas une thune » Ndlr).

Quand vous dirigez Charlotte, oubliez-vous qu’elle est votre femme ?

C’est très compliqué. Je ne la dirige pas comme les autres comédiens. Elle a un handicap : je la connais tellement bien, que je mesure parfaitement le chemin qui la sépare du personnage. Elle m’impressionne chaque fois: elle fait les choses l’air de rien, mais tout est toujours impeccable. Quand elle hurle sur Dany Boon, c’est à pleurer de rire.

Vous vivez avec Charlotte Gainsbourg depuis 1991, c’est quoi selon vous le secret des couples qui durent..

Honnêtement je me le demande. Je suis étonné de voir autour de moi des gens qui se séparent rapidement. Je peux le garantir: avec Charlotte, on s’aime depuis longtemps. Mais qu’est-ce qui fait qu’on reste ensemble depuis 25 ans ? Je ne sais pas. Cela reste une énigme. Il y a eu des difficultés, il y a en a encore. Je me dis que quand on a rencontré quelqu’un avec qui on peut se coucher le soir et se lever le matin, sans n’être gêné par rien, ça n’a pas de prix. Avec Charlotte, je ne me sens jamais jugé, je peux être moi-même avec tous mes défauts.

Déjà dans « ma femme est une actrice », en 2001, vous étiez Yvan et Charlotte s’appelait Charlotte, ce film marque-t-il une sorte de rupture dans votre pratique de scénariste avec l’auto-fiction ?

Sans doute. Guillaume Canet aussi fait de l’auto-fiction dans son prochain film « rock’n roll », où d’ailleurs il me dit: « toi tu l’as déjà fait avec « Ma femme est une actrice » ». Dans ce film, il joue le rôle de Guillaume, Marion celui de Marion, moi le mien, Gilles Lellouche le sien et Johnny Hallyday aussi. Là, on est dans le summum de l’auto-fiction et de l’auto-dérision!

Ça vous amuse l’auto-fiction ?

Il y a quelque chose de jubilatoire, parce qu’en réalité, on dit des choses qu’on pense, tout en se cachant derrière un personnage. On est d’ailleurs presque plus planqué derrière un personnage qui nous ressemble tellement. Dans « Ils sont partout », je me suis demandé si je devais me déguiser, me friser les cheveux, me faire un gros nez, ne pas m’appeler Yvan, mais David ou Kevin. Et puis finalement, je me suis dit : « Pourquoi tricher à ce point, sur un sujet comme celui-là « . L’auto-fiction constitue un subterfuge, qui vous donne l’illusion de la vérité.

Source femme actuelle

 

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